Pyrrhon et d'autres sceptiques disent qu'ils sont encore à la recherche de la vérité. Ils jugent que ceux qui pensent l'avoir trouvée se trompent infiniment, et qu'il y a aussi de la vanité trop hardie dans le second échelon qui assure que les forces humaines ne sont pas capables de l'atteindre. Établir la mesure de notre pouvoir de connaître et juger la difficulté des choses, c'est une grande et suprême science dont ils doutent que l'homme soit capable. L'ignorance qui se connaît, qui se juge et qui se condamne n'est pas une entière ignorance : pour l'être, il faut qu'elle s'ignore elle-même. En sorte que l'attitude professée par les pyrrhoniens est de balancer, de douter et chercher, de ne se tenir pour sur et certain de rien. Des trois fonctions de l'âme, l'intelligence, l'affectivité et le jugement, ils admettent les deux premières; quant à la dernière, ils la gardent indécise, sans penchant ni approbation, si légère soit-elle, d'un côté où d'un autre. Les pyrrhoniens s'exemptent par là de tout sectarisme au sujet de leur doctrine. Ils ne craignent pas la contradiction dans leurs controverses, ils cherchent qu'on les contredise pour engendrer le doute et la suspension du jugement, qui est leur fin. Ils n'avancent leurs opinions que pour combattre celles qu'ils pensent que nous tenons vraies.
(Montaigne, Essais)
Est-ce que pour vous aussi, ça veut rien dire ?????
C'est normal, c'est de la philo